Réforme du 1er cycle et nouveaux cursus à l’université: quid des enseignants-chercheurs?

Les universités planchent actuellement sur la deuxième vague de l’appel à projets « Nouveaux cursus à l’université » lancée début décembre 2017. Cet appel cible plus particulièrement la diversification des cursus en licence. Il s’inscrit ainsi dans la ligne droite de la réforme du premier cycle, qui vise la modularisation, le décloisonnement et l’individualisation de l’offre de formation. Pour CMI, qui a accompagné trois projets lauréats de la première vague, Lucie Barra, consultante, et Philippe Bassot, vice-président, reviennent sur les enjeux de cette réforme pour les enseignants-chercheurs, acteurs clés et pourtant souvent oubliés de la réussite étudiante en licence.

En quoi l’engagement des enseignants-chercheur est-il clé ?

Lucie: Si la réforme du contenu du premier cycle universitaire – à défaut de celle de l’accès – semble faire consensus pour favoriser la réussite de chaque étudiant, son succès dépend en grande partie de la capacité du système d’enseignement supérieur français à actionner son principal levier de transformation : l’engagement des enseignants et enseignants-chercheurs. Repenser ses pratiques d’enseignement et consacrer du temps au suivi et à l’orientation continus des étudiants en licence ne s’improvisent pas et requièrent une véritable démarche de professionnalisation du métier d’enseignant, tant à l’échelle nationale qu’au niveau des établissements et de leurs regroupements.

Quels sont les principaux domaines d’amélioration ?

Lucie: Le rapport Filâtre, qui synthétise les propositions issues de la consultation lancée cet été par Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation pour préparer la réforme du premier cycle, identifie trois grands domaines d’amélioration :

  • La reconnaissance et la structuration des équipes pédagogiques: il existe peu d’instances de coordination de l’ensemble des acteurs impliqués dans l’activité pédagogique (orientation, accompagnement et ingénierie pédagogique) des filières de formation (enseignants du secondaire et du supérieur, enseignants-chercheurs, professionnels, ingénieurs pédagogiques…)
  • La formation des enseignants chercheurs: si les étudiants qui se destinent à enseigner de la maternelle jusqu’au lycée peuvent, suite à une licence, se préparer au MEEF (master métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation), la formation des enseignants-chercheurs ne comporte presque pas de volet pédagogique. Une situation incompatible avec la nécessité d’engager une transformation des pratiques pédagogiques en premier cycle à vaste échelle, qui appelle la mise en place d’un cadre national de formation à la pédagogie et la mobilisation des forces vives au niveau des politiques de site (services d’appui à la pédagogie, spécialistes et conseillers de l’ingénierie pédagogique, centres et réseaux dédiés).
  • La reconnaissance et le soutien à l’engagement pédagogique : contrairement à l’activité de recherche (publications, communications dans des colloques, encadrement des doctorants…), l’engagement pédagogique n’est que peu reconnu dans la carrière d’un enseignant-chercheur, qui peuvent se décharger de leur obligation d’enseignement sur des assistants ou chargés de cours. Sans une politique de soutien forte (décharges ou congés de ressourcement pédagogique, habilitation de recherche et de pédagogie…) et l’intégration de critères liés à l’engagement pédagogique dans les processus de recrutement et de promotion, le soutien pédagogique aux étudiants de premier cycle restera de l’ordre de la vocation.

Et demain, quelle dynamique suivre ?

Philippe : Jean-Michel Blanquer, lors de son récent passage sur « L’Emission politique », a annoncé vouloir aborder la question de la formation pratique des enseignants de l’éducation nationale et a invité Jack Lang à s’associer au projet de réforme. Ce dernier avait en effet dès 2014 reproché aux formations MEEF délivrées par les Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE) de ne pas être « suffisamment pratiques et tournées vers l’apprentissage concret ». A l’heure où les conditions d’un interfaçage accru entre le lycée et l’université sont discutées, les transformations envisagées dans l’enseignement secondaire trouveront-elles un écho dans les dynamiques à l’œuvre dans le supérieur ?


Les JAPES, une mise en réseau des acteurs pédagogiques

Les Journées de l’Accompagnement Pédagogique des Enseignants du Supérieur, organisées par la Direction générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle (DGESIP), constituent depuis 2016 une occasion pour les acteurs investis dans le développement de la pédagogie dans l’enseignement supérieur de se structurer et d’alimenter une réflexion croisée sur leurs pratiques. La première édition des JAPES a permis d’amorcer la réalisation d’un référentiel métier pour les enseignants-chercheurs destiné à valoriser la mission d’enseignement en termes d’activités et de compétences, présenté lors de la seconde édition qui s’est tenue en 2017.


Une formation initiale obligatoire pour les jeunes maîtres de conférences et des ressources en ligne disponibles pour la formation continue

La Mission de la pédagogie et du numérique pour l’enseignement supérieur (MiPNES) a appuyé depuis quelques années un certain nombre d’évolutions concernant la formation pédagogique des enseignants à l’université.

On notera notamment :

  • Le décret relatif à la formation des maîtres de conférences du 9 mai 2017 qui rend obligatoire le suivi, lors de la première année suivant la nomination, d’un stage de formation visant l’approfondissement des compétences pédagogiques nécessaires à l’exercice du métier.
  • Le référentiel métier des enseignants-chercheurs a servi d’appui à la mise en œuvre de ce décret.La mise en place de centres de ressources en ligne tels que NeopassSup dont les contenus vidéos permettent d’alimenter une pratique réflexive sur diverses situations d’enseignement, ou le Mooc « Se former pour enseigner dans le supérieur » disponible sur la plateforme FUN (France Université Numérique).