La pharmacie clinique : une activité en développement en France

La pharmacie clinique en développement en France

L’optimisation des traitements, le bon usage des médicaments, la lutte contre la iatrogénie (ou effet délétère des traitements), la réduction des ré-hospitalisations et le virage ambulatoire constituent des objectifs majeurs pour notre système de soins. Dans ce contexte, la pharmacie clinique prend un nouvel élan. CMI, accompagné par Antoine Denis-Petit, interne en pharmacie, propose un état des lieux.

 

La pharmacie clinique : des activités variées qui contribuent à une meilleure prise en charge des patients et une plus grande efficience du système de soins

Eviter les effets indésirables liés à un mauvais usage du médicament, s’assurer de la pertinence et du bon usage des produits de santé, optimiser les choix dans un contexte de contraintes budgétaires, autant d’éléments auxquels une prise en charge pluridisciplinaire des patients permet de répondre !

La pharmacie clinique s’inscrit totalement dans cette logique qui vise à réduire la morbi-mortalité, améliorer la qualité de vie, en tenant compte des contraintes économiques.

La pharmacie clinique, dont la signification littérale est « l’exercice de la pharmacie au lit du patient », est un volet du métier de pharmacien visant le développement et la promotion d’une utilisation appropriée, sûre et économique des produits de santé. Le terme de pharmacie clinique englobe de nombreuses activités, que l’on peut regrouper en trois catégories :

  • Les activités liées directement au patient: le rôle du pharmacien est de contribuer à l’éducation thérapeutique du patient et à la continuité des soins (adhésion thérapeutique, explication des traitements, transition entre la prise en charge hospitalière et ambulatoire) ;
  • Les activités liées aux traitements: le rôle du pharmacien est ici de s’assurer de l’optimisation de la stratégie thérapeutique et de la bonne utilisation des médicaments (rapport bénéfices / risques et coût / efficacité selon les patients, contrôle des contre-indications et des interactions médicamenteuses) ; on y trouve en particulier la conciliation médicamenteuse* ;
  • Les activités liées aux processus: le rôle du pharmacien consiste à sécuriser le circuit du médicament, en s’assurant que le patient reçoive le bon traitement, au bon moment (prévention de la iatrogénie médicamenteuse, renforcement des bonnes pratiques de prescription et d’administration…).

Quelles que soient les activités développées, la pharmacie clinique positionne le pharmacien comme un acteur majeur de la prise en charge, en interaction rapprochée avec les équipes médicales et soignantes, le patient et ses aidants.

 

 

Canada et Etats-Unis, précurseurs en la matière, sont suivis par la France à partir des années 80

Dès les années 60, les Nord-Américains ont développé des activités de pharmacie clinique, transformant progressivement le métier de pharmacien hospitalier.

Au Québec, par exemple, les pharmaciens en milieu hospitalier se sont organisés en étroite collaboration avec les équipes médicales et soignantes. Ils ont décentralisé leurs activités, en étant de plus en plus présents dans les services de soins. Ils sont ainsi largement impliqués dans la prise en charge des patients, de la prescription à l’éducation thérapeutique.

Aujourd’hui encore, c’est au Canada et aux Etats-Unis que les pratiques de Pharmacie Clinique sont les plus avancées.

En France, c’est en 1984 qu’une volonté forte de développement de la pharmacie clinique s’est fait entendre, portée notamment par des pharmaciens revenus de mission au Québec. L’instauration de la 5ème année hospitalo-universitaire dans le cursus des études de pharmacie est l’héritage de cet élan.

Pour autant, au cours des trente ans qui ont suivi, le développement de la Pharmacie Clinique n’a pas été aussi rapide qu’initialement attendu.

 

 

Deux freins ralentissent la généralisation de la pharmacie clinique …

Le premier frein, et le plus important, est le manque de ressources. La mise en place d’activités de pharmacie clinique dans un établissement représente du travail en plus pour les pharmaciens, dans un contexte budgétaire contraint où la création de postes est très rare. Antoine Denis-Petit, interne en pharmacie, illustre cette situation : « de nombreux pharmaciens sont très enthousiastes à l’idée de développer la pharmacie clinique mais ils sont souvent limités par des contraintes budgétaires. Aujourd’hui, il existe très peu de postes de pharmaciens dédiés à 100% à la pharmacie clinique. Ainsi, ce sont le plus souvent les externes et les internes en pharmacie qui sont responsables de ces missions dans les établissements. » De ce fait, même si les pharmaciens en poste sont intéressés par la pharmacie clinique et en coordonnent la mise en œuvre, ils délèguent souvent tout ou partie de ces activités aux étudiants en stage dans leur service.

 

Le second frein correspond à la réticence de certains professionnels médicaux. En effet, l’interaction du pharmacien dans le processus de prescription bouscule les habitudes et demande aux médecins de s’adapter, et d’accepter de partager une activité qui leur était jusqu’ici réservée. Antoine Denis-Petit décrit une situation parfois rencontrée : « Certaines activités telles que l’éducation thérapeutique du patient sont très bien accueillies par tous les professionnels, et par le patient lui-même. En revanche, la conciliation médicamenteuse est parfois mal perçue par certains médecins, rendant compliquée son implémentation. »

Ceci souligne la nécessité d’encourager, lors de la mise en œuvre d’activités de pharmacie clinique, la communication entre tous les professionnels impliqués dans la prise en charge des patients, pour faire comprendre la valeur ajoutée des activités et faciliter leur mise en place.

 

 

… mais semblent désormais laisser la place à une accélération de son développement, portée par une volonté nationale et des initiatives locales

Depuis quelques années, le développement de la pharmacie clinique prend un nouvel élan en France, grâce notamment à l’action de la Société Française de Pharmacie Clinique.

Les autorités de santé mettent en place des initiatives au niveau national, visant à favoriser le développement de ces activités. Ainsi, après une enquête réalisée en 2015 auprès d’un grand nombre d’établissements de santé, la DGOS (Direction Générale de l’Offre de Soins) a lancé en 2016 puis en 2017 des appels à projet nationaux visant à financer des projets de développement d’activités de pharmacie clinique. Il faut également citer l’engagement de la Haute Autorité de Santé dans le projet international « Medication Reconciliation », avec la publication en 2015 du « Rapport d’expérimentation sur la mise en œuvre de la conciliation des traitements médicamenteux par neuf établissements de santé français ».

Au niveau local, de plus en plus d’établissements mettent en place des activités de pharmacie clinique, particulièrement des activités de conciliation médicamenteuse et d’éducation thérapeutique du patient. « La pharmacie clinique est en train de se développer à l’hôpital. En tant qu’interne j’ai pu constater une évolution au cours des 3 ou 4 dernières années : Auparavant il était très rare que les pharmaciens se rendent dans les services de soins. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de postes d’internes fortement orientés vers la pharmacie clinique. » Antoine Denis-Petit.

Pour se développer, la pharmacie clinique repose sur la collaboration entre les professionnels et la pluridisciplinarité, à l’image de l’unité d’évaluation gériatrique créée à Bordeaux, au sein de laquelle les pharmaciens collaborent à la fois avec les médecins du CHU de Bordeaux, des pharmaciens d’officine et des médecins traitants en vue d’optimiser les prescriptions des personnes âgées.

 

 

Une multiplication des formations autour de la pharmacie clinique qui s’adressent aux pharmaciens hospitaliers ainsi qu’aux pharmaciens d’officine

Bien qu’aujourd’hui encore la pharmacie clinique soit peu abordée dans la formation commune des pharmaciens, il existe plusieurs UE (Unités d’Enseignement) dédiées à cette activité dans le cursus internat, dont le contenu reste toutefois relativement théorique.

Par ailleurs, on observe la création de formations spécifiques, également accessibles aux pharmaciens d’officine, notamment à l’Université de Nantes, qui ouvre en novembre 2018 un DIU (Diplôme Inter-Universitaire) intitulé « Pharmacie clinique : des concepts à la pratique ». Cette formation a pour objectif de mettre en pratique de nouvelles missions du pharmacien. Seront notamment abordées les activités comme la conciliation médicamenteuse, l’analyse pharmaceutique, les interventions pharmaceutiques, ou encore l’éducation thérapeutique des patients.

L’abord de la Pharmacie Clinique par diverses formations, la multiplication d’initiatives locales, et la volonté nationale signent ainsi l’accélération du développement de cette pratique. Il sera intéressant de suivre les initiatives à venir qui, comme celles en cours, contribueront à l’atteinte des objectifs de notre système de santé.

 

 

*La conciliation médicamenteuse est définie par la HAS comme « un processus formalisé qui prend en compte, lors d’une nouvelle prescription, tous les médicaments pris et à prendre par le patient. Elle associe le patient et repose sur le partage d’informations et sur une coordination pluriprofessionnelle. Elle prévient ou corrige les erreurs médicamenteuses en favorisant la transmission d’informations complètes et exactes sur les médicaments du patient, entre professionnels de santé, aux points de transition que sont l’admission, la sortie et les transferts. »

 

Pour en savoir plus :