Été 2017 : ce qui nous a marqué dans le monde de la Santé

L’été qui s’achève a été riche en événements pour l’univers de la santé. Plutôt qu’une liste exhaustive de ceux-ci, nous vous proposons ici une sélection, forcément arbitraire, de ceux qui nous ont marqué. Nos critères ? Des événements qui confirment, révèlent, voire prennent le contrepied d’une tendance forte : déserts médicaux, virage ambulatoire, GHT et dépenses.

Déserts médicaux : les pistes de solutions se multiplient

Septembre devrait marquer le lancement officiel, par Agnès Buzyn, du plan d’action pour l’accès au soin. Sans l’attendre cependant, la ministre de la santé a dévoilé certains des axes retenus :
• Des « médecins détachés » de certains hôpitaux, voire libéraux, pourraient assurer des consultations dans des zones qui le nécessitent,
• La télémédecine devrait poursuivre son développement avec des expérimentations en dermatologie et psychiatrie,
• Une enveloppe budgétaire spécifique serait dédiée à la lutte contre la désertification, permettant de mettre en place des actions adaptées aux besoins locaux,
• Le nombre de structures collectives d’exercice devraient doubler.

Ces axes ont déjà trouvé des résonnances dans l’actualité :
Le développement de la e-santé, s’il apporte des réponses à certaines difficultés d’accès aux soins, se traduit aussi par l’arrivée de nouveaux acteurs. Ainsi, Mondial Assistance va proposer des services de téléconsultation à ses clients, rejoignant ainsi Axa sur ce créneau. Une équipe de 25 médecins sera mobilisée pour permettre la téléconsultation à tout moment. Cette téléconsultation pourra aller jusqu’à la délivrance d’ordonnances numériques, et se conclura par l’envoi d’un compte rendu au médecin traitant.
En matière d’exercice collectif, la diversification est en marche : Si des communes ont déjà pris l’initiative de centres de santé, la Saône et Loire va plus loin. Elle prévoit en effet la création d’un centre de santé départemental, regroupant une trentaine de médecins. Ces médecins auraient le statut de fonctionnaires territoriaux et se consacreraient aux consultations médicales sur plusieurs sites.

Enfin, legeneraliste.fr s’est interrogé sur les recettes des douze départements qui, à l’inverse de la majorité, ont vu leur nombre de médecins généralistes ne pas diminuer au cours des 10 dernières années. Quelques approches transposables à d’autres ont été identifiées :
• Des tables rondes sur l’exercice au conseil départemental de l’ordre pour les médecins récemment diplômés,
• Le soutien des médecins déjà présents à ceux qui s’installent,
• La mise en réseau des médecins locaux grâce à une plateforme numérique,
• L’adaptation des modes d’exercices, facilitant par exemple le temps partiel.

Virage ambulatoire : des marqueurs concrets

Deux éléments concrets sont venus renforcer ou structurer le virage ambulatoire.
Pour faciliter la transition vers le domicile de certains patients, 41 établissements de santé ont été sélectionnés en juillet pour mettre en place un « hôtel hospitalier ». Ces structures, gérées par l’hôpital ou par un tiers proposeront aux patients un hébergement temporaire, non médicalisé. Ces séjours, en amont ou en aval de l’hospitalisation, devraient réduire les transports et faciliter les prises en charge ambulatoires.

Pas de mise en œuvre de nouvelle approche sans suivi et évaluation ! C’est pourquoi la Haute Autorité de Santé a publié les indicateurs qui seront recueillis par les établissements hospitalier pour évaluer leur prise en charge en chirurgie ambulatoire. Ces indicateurs pour l’amélioration de la qualité et de la sécurité des soins s’organisent en 8 indicateurs de processus, au sein desquels figurent le dossier patient et la lettre de liaison à la sortie, et un indicateur de résultat, portant sur les ré-hospitalisations.

GHT : PMP transmis aux ARS

Les 135 Groupements Hospitaliers de Territoires (GHT) définis l’an dernier devaient transmettre, au plus tard le 1er juillet, aux Agences Régionales de Santé (ARS) leur Projet Médical Partagé (PMP). Une fois validés, ces projets constitueront le schéma de prise en charge graduée pour une filière (pathologie, mode de prise en charge, ou population) donnée, dans un territoire donné.

Dépenses et médicaments : idées reçues et remises à l’heure !

La France, championne du monde de la consommation de médicaments ? Faux !
Un rapport publié par QuintilesIMS montre que les dépenses de médicaments per capita s’élevaient en 2015 à 492 $ en France. Ce chiffre est, comme attendu, inférieur à celui des Etats-Unis (974 $), mais il est aussi inférieur à ceux du Japon (576 $), et, plus proche de nous, de l’Allemagne (508 $). De plus ce coût a décru depuis 2006, période durant laquelle de nombreuses innovations thérapeutiques ont pourtant été commercialisées.

Dans le même temps, l’observatoire Institut Curie / Viavoice montre que les coûts de prise en charge des cancers sont sous-estimés par une majorité de Français. Ainsi
• 2/3 des Français sous-estiment le prix d’un traitement par chimiothérapie,
• Plus de 9 Français sur 10 sous-estiment le prix d’un traitement de type immunothérapie,
Et cette sous-estimation des coûts touche tout autant la recherche et la prise en charge au sens large :
• 2/3 des Français sous-estiment le prix d’un essai clinique,
• 3 Français sur 4 sous-estiment le prix d’une journée d’hospitalisation dans un service de cancérologie.
En matière de dépenses de santé et de médicaments, un travail visant à apporter des repères factuels à chacun semble donc nécessaire. Il le sera d’autant plus que les innovations thérapeutiques vont se développer et que la question du financement sera, sans doute, régulièrement soulevée.

De nouvelles pistes pour réduire les déserts médicaux, un virage ambulatoire qui se concrétise, une prise en charge hospitalière qui se structure au niveau territorial et le sujet des dépenses qui nécessite une approche factuelle, voilà des événements de l’été qui signent des tendances à suivre pour les mois à venir !

Marc Lefrançois
Partner
m.lefrancois@cmi-strategies.com

Sources :
Institut Curie (2017) Observatoire cancer Institut Curie Viavoice 2017 ; QuintilesIMS Institute (2017) Understanding the Dynamics of Drug Expenditures ; www.journal-officiel.gouv.fr ; www.latribune.fr ; www.legeneraliste.fr ; www.lequotidiendumedecin.fr ; www.solidarites-sante.gouv.fr