Conférence Smart City : vocabulaire, défis et financements

Le 20 novembre dernier, CMI était présent à la conférence-débat “Smart cities : quels business models ?” organisée par l’Institut G9+, Mines Aménagement et Construction et le Groupe X-Ponts Pierre. Trois enseignements clés émergent des témoignages des experts.

Smart City : moins de technologie, plus d’usages

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Tous les intervenants se sont entendus sur ce point : le phénomène de Smart City est bien plus qu’une révolution technologique et numérique. Le terme n’est pas fidèle à la transformation profonde que connaît la ville. Julie de Pimodan (Fluicity) souligne ainsi qu’il s’agit plus d’une innovation d’usages que d’une innovation technologique. L’élu de la ville d’Antony, François Goulette, la rejoint en insistant sur la nécessité de réfléchir par et pour les services possibles rendus aux citoyens. D’ailleurs si la question était seulement technique, “une patrie d’ingénieurs” (Léthicia Rancurel, TUBA) comme la nôtre n’aurait pas de problèmes. Le terme peut donc non seulement réduire la portée du phénomène mais également faire peur aux populations moins averties ou se limiter à un effet de mode. “Pour parler de Smart City il y a du monde mais pour faire concrètement quelque chose il n’y a plus personne” (François Goulette). Isabelle Baraud-Serfaty, consultante en économie urbaine préconise donc de simplement parler de “villes” pour essuyer tous les malentendus.

Inclure les citoyens, accompagner les collectivités, dénicher des data scientists

“Une vraie croissance de l’approche partenariale se développe en France” constate Léthicia Rancurel, entre collectivités territoriales, partenaires privés et citoyens. “Les attentes des citoyens évoluent et par conséquent l’attitude des collectivités aussi. Donc, pour opérer ce “glissement serviciel” (I. Baraud-Serfaty) où le rôle de l’usager devient central, nous avons aujourd’hui besoin de travailler en intelligence collective, de penser de manière systémique” renchérit Isabelle Scuiller (Bordeaux Métro Pulse). Trois défis à relever collectivement se dégagent du débat. D’une part, la nécessité d’inclure davantage les citoyens dans la définition et la transformation de la ville apparaît.

“C’est une très bonne chose que l’on cherche à optimiser les infrastructures existantes grâce aux technologies numériques mais il faut aller plus loin, vers la Happy City, avec des citoyens plus engagés qui deviennent experts de la ville” (Isabelle Scuiller)

D’autre part, les collectivités territoriales présentent certains blocages. Julie de Pimodan s’interroge sur la compatibilité entre la durée et les promesses des mandats des élus et l’aventure Smart City. Par peur et parfois par ambition politique, les élus auraient donc tendance à freiner les initiatives. François Goulette souligne lui le besoin d’accompagnement des collectivités locales dans ces démarches. Il alerte aussi quant à l’image de la Smart City, “ville ultra connectée”, qui peut effrayer les citoyens eux-mêmes. “Il faut travailler l’image de la Smart City car si les candidats ne sont pas convaincus, ils ne se lanceront pas dans des projets de Smart City une fois élus”.photo_smart_city

Dernier point soulevé : le manque cruel de compétences pour donner sens et utilité aux données collectées. Les data scientists sont les nouveaux et rares talents essentiels au bon fonctionnement d’une Smart City.

Financer la ville par les économies futures

La ville de Santander s’est équipée de 20 000 capteurs et a ainsi réduit ses embouteillages de 80% et sa consommation d’énergie de 40%. D’autres initiatives tout aussi prometteuses se développent à Amsterdam, Hambourg… mais comment les rendre pérennes grâce à des business models viables ?

“Les modèles de financement des Smart Cities peuvent être le crowdfunding, la propriété lorsque le propriétaire met sa propriété au service des autres (un siège dans sa voiture, une place de parking…), la blockchain.” Jean-François Penciolelli, Vice-Président exécutif de GFI Informatique

Isabelle Baraud-Serfaty voit de nouveaux modèles économiques se dessiner avec la Smart City. Les moyens de financement sont en fait tout aussi novateurs que le phénomène en lui-même. Les modes de tarification changent car ils se font désormais en accord avec l’usage et le consentement à payer de l’usager. “On voit une généralisation des modèles de l’effacement où l’on incite les usagers à utiliser un service lors des heures creuses pour le payer moins cher. Par exemple, le péage positif à Boulogne-Billancourt permet aux automobilistes circulant en dehors des heures de pointe de payer 2€ moins cher. » L’idée est, qu’à terme, les économies engendrées par de telles mesures financent les initiatives. Gabrielle Gauthey, directrice des investissements et du développement local à la Caisse des Dépôts et Consignations explique :

“Pour financer la Smart city, on se base sur des volets extra-financiers. Les finances peuvent venir des économies d’énergie engendrées par un bâtiment devenu Smart, par les déplacements évités, le chômage évité également c’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons investi dans Wimoov qui permet aux gens en recherche d’emploi de se déplacer. La réversibilité des bâtiments est aussi un moyen comme le montre l’exemple du village olympique. ”

Ces modèles continuent de se préciser mais Jean-François Penciolelli conclut tout de même que « Tant que la complexité sociale, financière, scientifique de la Smart City n’est pas éclairée, on ne peut pas lui trouver un modèle économique ».

 

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